Poésie 7

 

 
IN MEMORIAM

Puisque le jour qui meurt évoque dans mon âme
De chers visages effacés,
Puisque je sens mon cœur abattu qui s'enflamme
Au souvenir de mon passé,

Reviens, Toi dont la voix, devenu un murmure,
Un soir, voulu parler une dernière fois
À l'enfant qui pleurait ; Toi qui, sur sa figure
As promené la mort qui raidissait tes doigts.

Reviens pour chuchoter encore à mon oreille
Les conseils dictés par les ans,
Et pour conter l'histoire éternelle et pareille
De tes ancêtres paysans,

Même si tu devais inspirer un chant triste
Au jeune cœur qui né de ta chair te doit tant,
Et qui songe, ce soir ou la brume persiste,
Que l'herbe reverdit et que c'est le printemps.

Non : quinze ans de ma vie insouciante et belle
Ne se sont point évanouis ;
Montre-moi le pays où, lassés, s'amoncellent
Tant de bonheurs épanouis.

Dis-moi que les étés qu'autrefois nous connûmes
Dorent d'autres moissons d'épis lourds, triomphants,
Au village, ce soir, un foyer qu'on allume
Fait sourire un grand-père et rêver un enfant.

Dis-moi que tes grands bœufs reposent à l'étable ;
Et pendant que grand-mère dort,
Dis-moi, comme autrefois accoudé sur la table,
Les regards perdus au-dehors,

"Qu'il est des pays bleus pour enchanter les rêves,
Des hommes qui sont forts et des cœurs qui sont bons,
Et que, comme les flots aplanissent les grèves,
Une âme s'embellit à user du pardon."
(Lucien Rousset)

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